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AUX AURORES EX CARNE

Les chairs sont tristes hélas Elles se parlent Elles s’entraident Elles se tuent Se reproduisent Elles se déplacent et se mangent entre elles Elles font ce que font les animaux nommés comme tels Elles en sont Elles forment des communautés Comme les pierres d’une muraille épaisse elles obéissent aux règles que leurs semblables fabriquent Elles auront chacune une tâche à accomplir Devront se déformer Être au bon endroit au bon moment Dociles et dépendantes Pleinement opérationnelles Organiques Les chairs vibreront car elles se connaissent depuis longtemps échangent des signaux des protéines Des molécules de gaz Des tas de trucs Libèrent des substances Se divisent Grossissent ne grossissent pas Chimique dira-t-on dans les milieux Si l’ordre n’est plus donné les chairs se suicideront Constamment A plein temps Le volume occupé par des milliards d’entre elles édifie l’espace Où la vie naît de mort programmée Des nuées de conflits sondables Tout ça pour fleurir mais la floraison n’a jamais lieu Les chairs sont néfastes à elles-mêmes Elles augmentent pourtant Elles colorent les charpentes L’amande moelleuse L’a-substance grossit Le territoire qu’elles auront à parcourir enfle Elles se changent Se cherchent Se transposent Osent Les masques tombent la neige dans les os Elles se démolissent encore Les murs dans la rue les ruent dans la ville dans la pierre Tanières Souricières dans les recoins Les carrefours tranchants Les scissions Les disparitions Les extinctions du bazar Les incisions dans les tendons Mille ans que ça dure Des fondations jusqu’aux étoiles ces chères vieilles croûtes de terreau Les charpentes sacrifiées les étoiles des yeux Les framboises Certaines localités n’assument pas L’évidence est pourtant là Blanchâtre C’est prouvé Et puis les framboises Dans un coin de la tranchée l’adolescent sculpte un obus Au lever du jour il n’y aura rien d’autre qu’au coucher Prenez le système solaire ci-joint La Pangée nous avait placé là pour voler dans les plumes Les arachnides dans les brindilles se sont diffusées en direct Le larynx a muté en petit pense-bête L’air vicié galopait dans les gaines Nous ne l’avons pas vu venir Malgré les quasi extinctions Les dents pleines de sable Nous n’avions même pas nos gros nez A vrai dire nous n’y pensions même pas Ici c’est pas le Mexique Les ondes feuillettent le corps social jusqu’à la fin de la démographie Stimulus électrique Le taux de natalité glisse doucement vers le rire Le taux de calcium dans la composition du métal en fusion augmente légèrement paraît-il Plus de blanc Nos ancêtres ont muté dans nos veines Pas question qu’ils nous digèrent nos frères humains Pas avant qu’ils nous vivent nos cœurs endurcis Vautrés dans l’humus à mâchouiller des herbes soumises Ça sentait le sapin mon lapin Avant même que nous nous creusions la prothèse Maintenant qu’elle est digérée l’identité d’emprunt La chasse au trésor est ouverte Elle sera quotidienne Dans les couloirs Dans l’usine Il s’agit de ne pas se planter Déjà la fermeture des paupières Et les centimes d’Euro L’écaille de poisson Les framboises A travers elles la nuit feule
transpercées A travers elles la nuit feule
transpercées A travers elles la nuit feule

Mes doux pixels vos systèmes Disque erreur vice de codification Toxicité maximale de deux degrés en un an l’astre réchauffé La maladie l’ennui Les disfonctionnements rendent à l’évidence ce qu’on leur a pris De l’argenterie la pression Les mains moites pendant la quête d’instants bien pires Le ver comme un remord entame un nouveau tunnel et c’est loin d’être fini On a fait ça comme ça On ne pensait vraiment pas que la chose se sentirait jusqu’ici Nous n’étions pourtant pas dans les zones instables Les hypertextes insidieux de l’occident ont probablement dépassé les bornes La manie des liens compatibles a jeté de l’huile sur la mélancolie et les accidents cardiovasculaires se sont multiplié Le sel de notre esprit a bien retenu l’eau douce Nos cervelles mignonnes ballottent L’industrie est lourdée L’intelligence collective n’est pas notre amie Nos anciens objectifs ont été atteints Motus operandi Manichéisme et vaches sacrées Vessies malades pour des lanternes Aux intrusions crépusculaires des nouveaux objectifs succède l’aberration Bel et bien eu rupture Ce monde est monstrueux Nous l’avons raté Manqué de peu la correspondance Neurasthénie dans un nuage de lait l’univers misérable de nos schémas de pensée comme autant de conditionnements vers l’acte d’achat Bienvenu au plomb En voiture dans le train rouillé Défilé de champs de ruines Les alligators baillent dans la vase Le dernier abricot achève de pourrir sur la pelouse La Lune est pleine et la terre est noire comme le fossé La nuit s’est abattu sur l’espace critique : l’imagerie vicieuse pullule dans les raisonnements de nos ascensions convulsives Rectiligne sera notre chute C’est l’inconvénient de la framboise le pépin perpendiculaire dans l’intervalle de nos pierres précieuses L’odeur nauséabonde du record Combien de nos initiatives sont-elles dictées par les conséquences de nos bêtises Des milliers de bêtes ont déjà disparu Le monde s’est divisé Auto-taxé Les pesticides sont à l’origine de la chute de cinquante pour cent du nombre de spermatozoïdes dans la semence de l’homme contemporain La consommation est une misère Des promotions à ne plus savoir quoi en foutre Je t’étoufferai Tes mains dans l’éther Nous éteindrons l’espèce Sur tout ce qui bouge Carnage Ex-carnage
Avons inventé la collision sans astéroïde Stop Bravo l’occident Bravo Stop Collectivement débiles Stop Gavés d’aberrations coutumières Stop Et ça se complique Stop Avons rompu tout dialogue avec les preneurs d’otage Stop Le ver ronge ma peau comme un remord-Mickey La perte de repères chez les jeunes Les tables tournantes Familles éclatées Le déclin de la figure du père Des monstres vous dis-je Des fleuves de mélancolie Détresses et proies faciles De la reproduction du meurtre en milieu affectif semi-aride Du devenir pilleurs De l’imprévisibilité comme paysage De la veulerie comme perspective Tandis que les richesses du sol disparaîtront peu à peu
Comme les excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle qu’on a résorbé par les boucheries de 14-18 Je répète
Les excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle qu’on a résorbé par les boucheries de 14-18
La maladie s’empare de toutes les matières La peau gonflée de nos images flotte entre deux eaux dans la musique qui craque
L’aberration de masse

Avons tenté l’économie du deuil Stop Résultat Désastreux Stop Dégringolade venimeuse Stop Crématorium et déchèterie Stop
Les rockeurs sont là L’apogée arrive à destination
Ne travaillez jamais plus Stop
On a testé des tas de méthodes L’angle des règles brûle encore la rotule de ces idées plissées L’éducation à la réciprocité a fait quelques émules Des milliards d’individus dévoués Le temps révèle les accointances Les grumeaux La Pangée nous avait placé là Pas plus miséreux que d’autres espèces Ni âpres ni sans réplique La fleur au pusillanime Sommes pourtant montés bien fiers sur l’embarcadère Jamais invincibles certes (les protozoaires) Les voies comme l’eau l’irrigation Les parcelles au milieu du delta le monde La coagulation des voies d’eau La pattemouille Dissolue l’idéal Fixé l’énergumène Dehors il fait plus chaud maintenant Mais encore pas trop chaud
Systole oui et diastole non
Le conférencier intitulera sa plaidoirie Solution et iceberg total Il pissera dru dans un pluviomètre qu’on aura placé là Chiera dans l’urne en faveur de la réalité Entonnera le couplet du pessimiste actif tandis que le coup du couteau à lame rétractable sera du meilleur effet pour conclure l’épisode d’une apothéose attendue L’artifice sera cultivé Les cotas seront respectés
Le néant sera ce soir-là joliment enjolivé d’un dandysme cultivé Comme une batterie d’escargots les cerveaux des nouvelles générations sécrèteront des bulles de bave Les expérimentateurs forcés contribueront à l’acquiescement général en déclarant que
c’est la croyance au diable qui est le diable
Sans éducation le diable s’impatientera dans ses petits souliers
On aura accidentellement volé le bus des cellules vivantes
Les mécanismes du monde de l’éducation seront remis en cause par l’idée lancée à la dérobade qu’il se pourrait qu’au sein de l’échange humain la transmission du savoir soit réciproque Celui qui donne recevant autant que celui qui reçoit Ce à quoi le chœur des squelettes répondra par Vieillir c’est grandir autrement cantique qui provoquera l’hilarité générale
Il faudra encore marcher un peu Les contraires et les complémentaires seront mis en scène Le tout sera bien entendu extensible à tous les rapports entre les êtres vivants L’universalité sera ce soir-là véhiculée par celui qui ne boit pas Des éclats plaqués or jailliront de tout côté Mais la diva aura les jambes trop courtes pour la nage synchronisée Le pou La bête à bon dieu La Direction Départementale de l’Equipement Tout ce beau monde se gargarisera des liqueurs du spectacle
La mort c’est la vie alors il faudra y aller doucement
Comme une caresse d’archéologue

Le paradis est mitoyen de l’enfer Mais l’apogée est-elle tenable ?
La lumière n’a jamais gagné sur l’ombre Les ronces reviendront dans l’institution Calmez Prométhée L’erreur persiste L’Atlantide est en puissance Du ventre encore fécond surgira la bête Du cul élevé au plus haut trône aux électrodes humides des caves Un secret sordide a été pondu sous l’épiderme Il est là A la relecture des anciens courriers Embusqué Goût de sang dans la bouche Prototype de la révolution Transhumante ascension Perçu sans être aperçu Nous ne l’avons pas vu venir la belle âme lente Nous nous crevons à survivre Dans des fracas Les mammifères n’étaient pas mieux adaptés que les dinosaures Il y en avait de la mauvaise herbe De la fatigue De l’extinction continue La matière reprenait ses droits sur la forme
L’inné rotait l’acquis
La forme sans le fond Le creux Comment pouvions-nous éclore esprit et corps séparés comme les siamois au bistouri La mise en scène était tellement prévisible
Les proies immobilisées anesthésiées puis fagotées sont dégustées vivantes sur les tapis roulants de l’autel Une goutte de sang parfois s’échappe de la marchandise et s’étire dans les sillons tracés à la fourchette Les doigts jaunissent aux encoignures
La trouille galope d’un siècle à l’autre
Sentinelle officielle
La trouille
Le miroir sur la bouche sans buée
Le silence
La trouille

Les chairs se concentrent sur l’objectif Elles s’arment Par de savantes ingestions De langoureux massages Elles font éclater les parois des territoires convoités d’où jaillissent d’autres chairs Les déchets seront absorbés Les nouveaux territoires se font investir et manger Trente-six stratagèmes guerriers dessinent les chairs transfigurées Le temps est à la contrainte objective Le ventre alors est l’intervalle qui sépare le haut du bas Et puis le ventre enfin sépare les infinis Les organismes individuels s’enrichissent et se nourrissent de l’épanouissement collectif Deux structures moléculaires distinctes deviennent l’autre et l’une et fabriquent un territoire fertile La révolution par le souvenir du corps Les chairs fusionnent si différentes soient-elles L’eau n’a pas d’état d’âme L’hivers peut bien cracher
Tout déclin Toute intensification vaut comme révélation de la destinée Et ceci n’est pas une pipe
Le son se mêle à la lumière Ne vous trompez pas Plantez-vous Devenez légers c’est insoutenable Le rythme donne l’irrigation Les belles ont la folie en tête et les amoureux du Soleil au cœur La floraison est digne La sophistication L’entorse à la règle Les corps sortis de la boue pour le temps des cerises Juste ce qu’il faut pour prendre la route Jusqu’à la dernière image Le métal est resté nu Nous nous sommes arrangés Les cordes vibrent

Les fleuves m’ont laissé descendre où je voulais
Les chairs recouvrent le temps
L’assemblée vautrée se fera canoniser par la foudre en un sursaut nerveux La morsure n’en sera que plus savoureuse
Allumés les badauds cruels exigeront qu’on fasse des biopsies de nos tissus Qu’on prenne la température du cyclone
Téléfériques sur le moindre sommet Liquidambars Palétuviers L’aventurière n’aura d’autre horizon que l’aventure elle-même Ses trésors frémissent déjà
Mille et un temples jaillissent aux points d’acupuncture Les oies sauvages n’en reviennent pas Tous les cailloux se portent montés sur anneau vers le septentrion Les grains de sables des cimetières Les pierreries Le désir dans les jardins publics Le chaud des rocs Les trésors étincellent Cent cinquante chameaux tous marqués d’un R au fer rouge transportent des armes dans le désert
On fera comprendre au conférencier qu’il est probablement atteint d’une pathologie profonde et l’on retardera la procédure de l’armistice pour gagner encore un peu de temps On fleurira les monuments aux morts Mais pas les monuments aux vivants D’ailleurs il n’y en aura pas La résignation l’aura déjà emporté Sempiternelle manie les pleurnicheuses feront office de sémaphore Le gibier choisira le centre de la plaine pour s’appuyer sur quelque observatoire Il y guettera les hordes de lancettes décidées à en découdre Le vent sera vif Les arbres noirs Les branches gifleront les passagers laissés au bord du chemin avec un sac de croquettes au bœuf pour avenir
Mais peu importe
Ici le Soleil fou consume déjà tout Ici les polarités unies renversent incessamment l’intérieur et l’extérieur Le hasard est objectif L’or est potable La source des fleuves légendaires a enfin été découverte L’eau bouillante et l’eau froide coule dans les vallons Les moindres goulets Dans les vallées Vers le nord et vers le sud La richesse est nue Une kyrielle de poumons roses se délivrent de leur cage Trente-six oiseaux se bâfrent des papillons Tous les nuages ont les pattes mouillées
La matière est vivace

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