Sans titre (tête de cerf brûle) 2009

Une grande tête de cerf, trophée de chasse, est filmée de face, en plan fixe, et se consume lentement dans la nuit. Seuls les bois ne brûlent pas. Si les livres, eux, brulaient sous le régime nazi, brûle ici le trophée sordide, symbole obsolète d’une société patriarcale dans l’impasse. Si la révolution a échoué, la légitimité de l’activité cynégétique s’effondre peu à peu et le blason du chasseur-cueilleur contemporain est aussi terne que ses privilèges s’amenuisent. Il dira bien sûr que ce n’est pas vrai que le climat se réchauffe, mais le dernier grand animal sauvage de France, réduit depuis longtemps à l’état de porte-manteau (ou porte-fusil) en est fatigué des costumes vides. Si le feu carbonise la tête du roi des forêts, celui-ci ne chancelle pas, il reste impassible dans les flammes, le regard sévère vers l’objectif. Il se joue là, apparemment, plus que l’autodafé d’une culture occidentale moribonde, c’est peut-être d’alchimie qu’il s’agit…